Komedya (extract), Florian Pugnaire, Beta-digital Video / 26 min, © Florian Pugnaire / Le Fresnoy, 2007.
[EN]
This third episode presents the work Komedya realized by Florian Pugnaire in 2007 and produced by Le Fresnoy, Studio National.
Komedya is a documented fiction1 about Flamenco’s origins, both Gypsy and Asian. According to some, the movements of this dance would come from a martial art native to the Philippines and called “Arnis de Mano”. Between staged reality and documentary fiction, Komedya returns to the history of Spanish colonization by confronting three opposed points of view. The video relies on a fictional theory inspired by Paulette Mercy’s novel: The Peasant and the Dancer, which recounts the meeting between Satur Carabao (A Filipino warrior) and a Gypsy dancer. The title Komedya is borrowed from a type of theatrical form, invented in the sixteenth century by the Spanish in the Philippines. In a ridiculous style, these theatrical representations were caricaturing Filipino warriors’ gestures for the popular audience, in order to promote the greatness and the glamour of the Spanish power. Here, the historical reality gradually gives way to the discourse’s absurdity whereas the documentary movie increasingly slips toward a theatrical and performative form both burlesque and grotesque.2
Pugnaire situates the origin of the flamenco through a relationship to a History exempt of facts, and documents without consensus, thus closer to legend than a fixed reality. The artist has collected from the web and produced in collaboration with other artists his own archives, which are gathered together in a publication called Se Busca. Video and archives were brought together the first time during a group exhibition at La Maison, galerie singulière in December 2008. As a point of departure, ‘melting’ raises the question of temporality and legibility. How to envisage the presentation of a 26 min video, with a documentary nature, in an exhibition space which is as well a collective one? In that case, how to allow the visitor to comprehend the fictive aspect pertinent to the whole documentary? How to allow them to imagine their own slow progression, to build their own story inside the story? From the exhibition display, how to create an involvement?
With these questions in mind, Komedya was presented on a flat screen in the middle of his archives arranged in a cloud-like composition on both sides. The result was a generous and vaporous device made up of texts about the Spanish colonization’s history, extracts of the novel, screens’ captures, sketches, drawings and etchings. The mediums and sources’ plurality formed an invitation to wander within and to take time.
To be confronted with History, either from an artistic or a curatorial point of view, is to ask questions. This brought into play a personal interpretation in regard to collective representation, and a macro-history in regards to a micro one. It proceeds by a game of focusing and shifting, investing in the interstices left aside by the big “History” and those who construct it today - the media – while as an exhibition serves as a reminder of the offer for another kind of media access to history.3
- The word “documented fiction” or docu-fiction was used for the first time in the beginning of the 1920s to characterize the documentary Nanook of the North by director Robert Flaherty. A “documented fiction” is an hybrid form between documentary and fiction. It keeps the will to produce a representation of reality but also takes the liberty to add a dramaturgical sequence of events. It mostly puts the real in situation than in stage. The “documented fiction” transposes onto cinema a classical debate from literature regarding History and Fiction.
- Quote from Komedya’s french text online.
- cf the text “Un exemple de non image” by Paul Ardenne about the exhibition “ The Trial of Pol Pot ”, by Liam Gillick and Philippe Parreno in Magasin, Cnac – Grenoble, in 1998.
Vue de l’installation à la Maison, galerie singulière, Nice, Décembre 2008 © la Maison, galerie singulière.
[FR]
Ce troisième épisode présente une pièce réalisée par Florian Pugnaire en 2007, Komedya, et produite par le Fresnoy, Studio National.
Komedya est un documentaire de fiction sur les origines du Flamenco, à la fois gitanes et asiatiques. Selon certains, les mouvements de cette danse viendraient d’un Art Martial originaire des Philippines, appelé “Arnis de Mano”. Entre réalité mise en scène et “fiction documentée”1 Komedya revient sur l’histoire de la colonisation espagnole en confrontant 3 points de vue que tout oppose. Le film s’appuie sur une théorie fictionnelle inspirée d’une nouvelle de Paulette Mercy : Le paysan et la danseuse, qui relate la rencontre de Satur Carabao (guerrier Philippin) et d’une danseuse gitane. Le titre Komedya est emprunté à une forme de théâtre inventé par les Espagnols aux Philippines au XVIeme siècle. Ces représentations, de type grotesque, caricaturaient les gestes des guerriers Philippins dans des spectacles populaires qui mettaient en avant la grandeur et le prestige du pouvoir Espagnol. Ici la réalité historique laisse peu à peu la place à l’absurdité du discours, et le film documentaire glisse vers une forme de plus en plus théâtrale et performative, à la fois burlesque et grotesque.2
Dans son rapport à une histoire exempte de faits et de documents faisant l’unanimité, et donc par là même plus proche de la légende que d’une réalité bien ancrée, l’artiste a pris le parti de collecter via le web, voire de produire en collaboration avec d’autres artistes ses propres archives, réunies dans une publication nommée Se Busca. Vidéo et archives ont été réunies pour la première fois lors d’une exposition collective organisée à La Maison, galerie singulière en décembre 2008. À l’origine de cette fusion s’est posée la question de la temporalité et de la lisibilité. Comment envisager la présentation d’une vidéo de 26 min à caractère documentaire dans un espace d’exposition, et qui plus est, une exposition collective? Comment permettre au visiteur, le cas échéant, d’appréhender le caractère fictif du documentaire dans toute sa pertinence? Comment lui permettre d’imaginer son propre cheminement, de construire sa propre histoire à l’intérieur de l’histoire? Comment par le dispositif créer une participation?
Pour ce faire, la vidéo Komedya a été diffusée sur un écran plat au milieu de ses archives disposées en nuage de part et d’autres. Il en résultait un dispositif généreux, vaporeux, composé de textes sur l’histoire de la colonisation espagnole et extraits de la nouvelle, captures d’écrans, croquis, dessins et gravures. La pluralité des médiums et des sources réunis formaient une invitation à errer, à prendre son temps.
Se confronter à l’Histoire, tant d’un point de vue artistique que curatorial pose question. Elle met en jeu l’interprétation personnelle en regard de la représentation collective, la macro-histoire en regard de la micro. Elle opère par jeu de focales et de déplacements. Elle investit les interstices laissés de côté par la grande histoire et ceux qui la font aujourd’hui, les médias. Or, l’exposition, à bien des égards, offre une forme de remise à niveau médiatique.3
- Le terme de “fiction documentée” a été employé pour la première fois au début des années 20 pour caractériser le film documentaire réalisé par Robert Flaherty Nanouk l’esquimau. Une fiction documentée est une forme hybride entre documentaire et fiction dans le sens où elle conserve la volonté de produire la représentation d’une réalité mais s’autorise à intervenir sur son déroulement pour y déployer une dramaturgie. Elle met davantage le réel en situation qu’en scène. La “fiction documentée” transpose dans le genre cinématographique le débat théorique classique que l’on retrouvait dans la littérature autour de l’Histoire et de la Fiction.
- Ce paragraphe est une reprise du texte de présentation disponible en ligne de la pièce Komedya.
- cf le texte “Un exemple de non image” de Paul Ardenne sur l’exposition “ Le procès de Pol Pot ”, de Liam Gillick et Philippe Parreno au Magasin, Cnac de Grenoble en 1998.


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